Boulot Boulot Boulot.

Les discussions au bureau frénétiques, certains articles, le moral des copains à la baisse, les visages souriants qui se font rares. A cause du boulot. Et de l’hiver qui arrive.

Il y a trente ans, pour nos parents, s’enchaînaient travail, mariage, maison, enfants. Et toute une carrière dans la même entreprise. Il y avait le plein emploi et le baccalauréat n’était pas indispensable. Le contexte était donc très différent. Mais nos parents trentenaires l’étaient-ils autant? Nos questions semblent plus nombreuses, nos concessions, moins grandes, ce qui nous rend sans doute plus torturés. Notre chemin paraît plus chaotique et désordonné. Peu importe, tant que c’est pour la bonne cause : notre quête du bonheur, qui passe entre autre par notre épanouissement au travail. Ah, le boulot, valeur si louée par tant de générations, n’a certes plus l’importance d’autrefois, mais occupe toujours une part non négligeable de nos vies.

Les études : choix cornélien.
D’une part, on encense les filières générales et les études poussées. Le but : engendrer du Bac+5. Qui à trente piges enchaîne encore les stages non rémunérés et les CDD sous-payés et précaires. Le CDI lui-même n’est plus synonyme de « sécurité », période d’essai de 4 mois renouvelable oblige. L’élitisme français dans toute sa splendeur.
D’autre part, on dénigre des filières du type CAP ou BEP qui permettent de trouver un emploi et de gagner sa vie raisonnablement. Le prix à payer est ici d’un autre ordre : un dos en vrac à 40 ans quand il faudra sûrement encore en tirer 30 ; et des heures à ne pas compter.
Et nous devrions être enthousiastes.

Le métier : choix complexe.
Métier. Passionnant. Rares sont ceux à pouvoir associer ces deux termes. Rares aussi les jobs où les tâches quotidiennes sont à la hauteur des espérances. Tant d’études pour si peu d’intérêt. Tant d’heures et d’implication pour un salaire minable et un manque notoire de reconnaissance. Aujourd’hui, pour décrocher un poste, il faut être mobiles en France et à l’international, parler couramment au moins une langue étrangère, ne pas être trop regardant sur le salaire, être ambitieux au sens « être un requin », et faire des horaires qui frôlent quelquefois l’indécence. Bref, être adaptable, flexible, fermer sa gueule. Et parfois faire face à un conflit générationnel : problème de transfert des connaissances, passage de relais souvent inexistant entre anciens qui partent à la retraite et petits jeunes faisant leurs premiers pas dans le monde du travail. Manque de pédagogie. Ou d’organisation. Incompréhension. Et méthodes de travail radicalement opposées.

Le départ : choix ubuesque.
Est-ce finalement un mal pour un bien? Car face à de telles situations, un verbe revient fréquemment dans nos discussions d’ingénieurs à demi désabusés : entreprendre. Découvrir. Une motivation quasi omniprésente dans nos esprits devenus blasés par le quotidien en entreprise. Mais qui peut aussi mener à des rêves de chômage quand entreprendre s’avère synonyme de démission et en conséquence d’absence de salaire. Culpabilisant quand on sait à quel point une partie de la population française est en galère. Certes, il existe des aides à la création d’entreprise, légères. Reste le Graal de la rupture conventionnelle, licenciement à l’amiable officiel, et qui a permis à nombre de mes amis ou connaissances de créer leur entreprise, de reprendre leurs études, de se réorienter. Pour au final, moins de cérébralité, moins de chiffres, moins d’argent aussi ; mais plus de concret, de manuel, d’expression artistique, et surtout, d’envie. Certains sont ainsi devenus ébéniste, graphiste, décoratrice d’intérieur; font des études d’art, de philosophie,… ; se lancent dans la photographie…

Pour ceux qui comme moi, en sont toujours à la phase de questionnement, impossible d’oublier que nous avons (encore) la jeunesse et un salaire qui nous permet de voyager, d’aller au resto avec les copains, de payer un loyer parisien souvent indécent, d’avoir une carte de ciné illimité, d’aller au musée, d’assister à des concerts, de boire des pintes tous les jeudis soir… De profiter de la vie, quand même.

Loin de moi l’idée de faire ici une généralité. J’évoque mes observations, forcément liées à mon vécu, aux gens qui m’entourent.
Nous ne sommes pas malheureux. Nous ne sommes pas plus cons. Nous sommes surtout perdus dans une société plus stricte, plus insidieuse et plus répressive. Une société qui semble de plus en plus en décalage avec l’esprit actuel de la jeunesse. Je reste convaincue de faire partie d’une génération curieuse de tout et qui a envie d’aller de l’avant, et qui devra également prendre plus de risques.

N’oublions pas que la vie est belle, malgré tout.

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